Publié le :

Une doctorante à Paris&Co

#Startup #Veille

Depuis Septembre, Paris&Co accueille au sein de ses équipes Natacha Rollinde, doctorante en urbanisme.

Sa thèse, d’une durée de trois ans et réalisée dans le cadre d’un partenariat entre Paris&Co et l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, porte sur les modes d’approvisionnement des commerçants indépendants et leur intégration dans la gouvernance alimentaire de la métropole parisienne. Elle nous en dit plus dans ce billet, le premier d’une longue série !

Un contexte de développement des systèmes alimentaires alternatifs

Depuis les années 1990, de nombreux mouvements de contestation ont remis en cause le système alimentaire tel qu’il se structurait depuis le milieu du XIXème siècle. Un système alimentaire désigne à la fois les étapes comprises entre la production de nourriture et la gestion de son recyclage, mais aussi les ressources matérielles et les groupements d’acteurs qui sont nécessaires à leur mise en œuvre. Les progrès techniques liés à l’agriculture et aux transports ont participé dès le début du XIXème à l’avènement d’un système alimentaire marqué par une distanciation entre les lieux de production et de consommation, une multiplication des intermédiaires, une globalisation de la chaîne d’approvisionnement et sa domination par quelques acteurs industriels. Si ce modèle répondait à des enjeux de forte croissance urbaine et a accompagné le développement de la consommation de masse durant la seconde moitié du XXème siècle, plusieurs scandales sanitaires et la prise de conscience par une partie de la population de l’épuisement progressif des ressources nécessaires à sa mise en œuvre ont concouru à sa remise en cause à partir des années 1990. C’est dans ce cadre qu’ont émergé des systèmes alimentaires qualifiés d’alternatifs qui, bien que très variés, ont en commun de revendiquer un nombre d’intermédiaires limité entre la production et la consommation, la valorisation de l’agriculture extensive et biologique, le recours à des énergies renouvelables aux différentes étapes de l’approvisionnement et la défense d’une juste rémunération des producteurs.

Cela a entraîné des transformations dans la gouvernance alimentaire : de nouveaux acteurs ont émergé, à l’instar des groupements de consommateurs, d’autres plus traditionnels comme les producteurs portent de nouvelles revendications et assument certaines étapes de l’approvisionnement desquelles ils s’étaient progressivement détachés, telles que la vente. Les institutions publiques se mobilisent également à leurs différentes échelles de compétences. Mais les acteurs traditionnels du système alimentaires mettent aussi en œuvre des stratégies d’adaptation et cherchent à associer des pratiques et des modes de coopération alternatifs aux processus plus classiques de distribution. C’est par exemple le cas du Marché d’intérêt national (MIN) de Rungis qui a inauguré en 2004 un Carreau des producteurs de fruits et légumes franciliens. Les intermédiaires entre la production et la consommation sont donc amenés à participer aux évolutions du système alimentaire.

Les commerçants indépendants, acteurs majeurs de la (re)configuration des circuits d’approvisionnement alimentaires

Parmi eux, les commerçants indépendants sont intéressants à étudier, du fait de la diversité des profils et des stratégies d’approvisionnement qui se cachent derrière cette catégorie professionnelle. Du point de vue technique, les commerçants indépendants se caractérisent par leur statut juridique, puisqu’ils sont gérants de leur(s) magasin(s) et non-salariés d’une enseigne. Dans ce cadre, ils disposent d’une autonomie dans le développement de leur activité et en particulier dans leurs choix d’approvisionnement. Alors que certains commerçants ont recours à des canaux relativement conventionnels, tels que le MIN de Rungis. Ainsi en 2011 le taux de pénétration du marché était-il estimé à 80% sur le commerce de détail indépendant francilien (commerces sédentaires et non sédentaires), d’après une étude commandée par l’Institut d’urbanisme et d’aménagement d’Île-de-France. Pour autant, d’autres commerçants développent des modèles axés sur la valorisation de nouveaux circuits alimentaires, en construisant par exemple des liens directs avec les producteurs. Il existe donc une très grande hétérogénéité dans la manière d’appréhender l’approvisionnement et pour cette raison il est particulièrement intéressant de chercher à comprendre comment se construisent les stratégies qui y sont associées et quels sont, pour chacun de ces profils, les leviers ou les freins déployés face aux mutations contemporaines des circuits alimentaires. Plus largement, mener une étude comparative auprès de commerçants indépendants dans plusieurs terrains de la métropole parisienne devrait permettre de contribuer au développement d’une forme « d’urbanisme alimentaire » dans le sens où, dans le cadre d’une gouvernance ayant pour point focal la transformation des circuits alimentaires, les commerçants peuvent participer à travers leur mode d’approvisionnement à un aménagement du territoire incluant une plus grande diversité d’acteurs publics et privés. Cette question est d’autant plus importante qu’à Paris, le commerce de détail spécialisé continue de représenter 70% des surfaces commerciales alimentaires (APUR, 2017), pour 20% des dépenses des parisiens dans ce secteur (INSEE, 2014).  

Pour résumer, la problématique de recherche qui va guider ces trois ans de thèse est donc la suivante : Comment, à travers leurs stratégies d’approvisionnement, les commerçants indépendants contribuent-ils à infléchir, accentuer ou résister aux transformations des systèmes alimentaires contemporains ?

La suite dans le prochain numéro…

Partager sur :

Lire aussi #Startup, #Veille